Après avoir patiemment préparé le terrain des droits numériques à grand coup de lobbying, l'IIPA (International Intellectual Property Alliance) a maintenant déclaré la guerre aux logiciels libres. Je ne referai pas le sujet, déjà bien traité et analysé par certains.

Déclarer les logiciels libres ennemis du capitalisme et de la propriété intellectuelle est totalement absurde car les licences utilisées reposent justement sur les protections offertes par le droit d'auteur et la possibilité de céder certains droits à d'autres personnes, avec ou sans contrepartie. Dans le cas du logiciel libre, il s'agit des droits d'utilisation, d'étude, de modification, de duplication et de diffusion – droits que les industrielles du contenu ne se privent pas de faire appliquer. Pour les membres de l'IIPA, seuls les échanges commerciaux sont légitimes, le reste n'aurait donc aucune existence... Réducteur pour le logiciel libre et intéressante notion de « propriété », où les droits n'existeraient que pour la vente !

Cette volonté de détruire et de discréditer un modèle économique en l'assimilant au « grand méchant » n'est pas très surprenant. Je dirais même que c'était prévisible et qu'il ne s'agit là que d'une préparation de l'opinion publique pour tenter de déclarer le logiciel libre anticoncurrentiel – et donc illégal. Mais les acteurs du logiciels libres étant nombreux et pour certains puissants, je doute que cela puisse passer aussi simplement.

Je m'interroge cependant sur cet aspect « anticoncurrentiel » : cette même IIPA soutient activement les brevets logiciels, verrouillant notamment de nombreux formats numériques... s'il y a bien une pratique anticoncurrentielle, c'est sans conteste la diffusion de contenu dans des formats protégés !

Prenons l'exemple très actuel du codec vidéo H.264 utilisé largement par l'industrie audiovisuelle (TV, Blu-ray, Streaming RTP/IP etc.). Les pays ayant accepté les brevets logiciels ne protègent pas uniquement les implémentations du codec mais le format lui-même, interdisant ainsi de développer un lecteur totalement indépendant sans payer la licence MPEG-LA. Autant dire que le logiciel libre est en total contradiction avec ces pratiques ! Pour le moment, la majorité des sites de partage de vidéos utilisent ce format via le plugin Flash – Adobe ayant payé les 5 millions de dollars annuellement réclamés. L'implémentation tant espérée de la balise vidéo (HTML 5) dans les navigateurs les plus populaires est donc fortement ternie par la décision de supporté presque uniquement le H.264 par Microsoft, Google et Apple, laissant ainsi Mozilla isolé...

Protéger par des brevets les formats utilisés pour la diffusion « grand public » est un recul dangereux : si la radio FM avait été protégée par des brevets à l'époque de sa création, la concurrence aurait été impossible sur les récepteurs et de nombreuses innovations n'auraient jamais vu le jour, empêchant la radio FM de connaitre le succès ou le développement actuel.

En se garantissant un monopole sur les formats imposés mondialement comme des normes, les industriels du secteur se garantissent deux choses : qu'aucun nouveau concurrent ne viendra sur le marché, mais surtout de pouvoir choisir qui utilisera et comment seront utilisés leurs formats. Un cocktail anticoncurrentiel qui me semble bien plus « ennemi du capitalisme » que les logiciels libres !